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Credo di essere all’inferno, quindi ci sono

A.R.

Arthur Rimbaud (1854-1891), traduzioni di Emilio Capaccio

Rimbaud

MIO BOHÉMIEN

Me ne andavo coi pugni nei taschini sfondati.
Il mio cappotto diventava ideale.
Andavo a cielo nudo, Musa! a te leale.
Oh! Là! Là! che amori splendidi sognati!

Le mie mutande avevano un largo foro.
Pollicino sognante, rimavo al furore
Della corsa. La mia locanda l’Orsa Maggiore,
Le mie stelle in cielo un dolce coro.

Le ascoltavo seduto sul ciglio delle vie,
Sere buone di settembre, sentivo un goccìo
Di rugiada sulla fronte, corposo liquore;

Facendo rime in ombre lunghe lunghe,
Come lire, trascinavo le stringhe
Delle scarpe ferite, un piede vicino al mio cuore.

MA BOHÈME

Je m’en allais les poings dans mes poches crevées.
Mon paletot aussi devenait idéal.
J’allais sous le ciel, Muse! et j’étais ton féal.
Oh! Là! Là! que d’amours splendides j’ai rêvées!

Mon unique culotte avait un large trou.
Petit Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande Ourse,
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.

Et je les écoutais, assis au bord des routes
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur!

SOGNATO PER L’INVERNO

D’inverno andremo in un piccolo vagone rosa
Con cuscini azzurri.
Staremo bene. Un nido di baci dissennati riposa
Negli angoli molli.

Chiuderai gli occhi per non veder dal finestrino
Smorfiare le ombre delle sere,
Queste mostruosità astiose popolate
Da demoni neri e lupi neri.

Poi ti sentirai la guancia scalfita …
Un piccolo bacio come un ragno folle
Ti correrà per il collo …

E tu mi dirai: “Cerca!”, inclinando la testa
E prenderemo tempo per trovar quell’animaletto
Che fugge tanto …

RÊVÉ POUR L’HIVER

L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.

Tu fermeras l’oeil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.

Puis tu te sentiras la joue égratignée …
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou …

Et tu me diras: “Cherche!” en inclinant la tête,
Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
Qui voyage beaucoup …

ORAZIONE DELLA SERA

Vivo seduto, come un angelo tra le mani d’un barbiere
Impugnando un boccale a forti scanalature,
L’epigastrio e il collo inarcato, una Gambier ai denti,
Sotto l’aria gonfia d’impalpabili velature.

Come gli escrementi caldi d’una vecchia piccionaia,
Mille sogni in me fanno dolci bruciature:
Poi a istanti, il mio cuore triste è come un alburno
Che insanguina l’oro giovane e scuro delle colature.

E quando ho ringoiato i miei sogni con cura,
Mi giro, avendo bevuto trenta o quaranta boccali,
E mi raccolgo per lasciare l’acre bisogno:

Dolce come il Signore del cedro e degli issopi
Piscio verso cieli bruni, molto alti e molto lontani,
Con il permesso dei grandi eliotropi.

ORAISON DU SOIR

Je vis assis, tel qu’un ange aux mains d’un barbier,
Empoignant une chope à fortes cannelures,
L’hypogastre et le col cambrés, une Gambier
Aux dents, sous l’air gonflé d’impalpables voilures.

Tels que les excréments chauds d’un vieux colombier,
Mille Rêves en moi font de douces brûlures:
Puis par instants mon coeur triste est comme un aubier
Qu’ensanglante l’or jeune et sombre des coulures.

Puis, quand j’ai ravalé mes rêves avec soin,
Je me tourne, ayant bu trente ou quarante chopes,
Et me recueille, pour lâcher l’âcre besoin:

Doux comme le Seigneur du cèdre et des hysopes,
Je pisse vers les cieux bruns, très haut et très loin,
Avec l’assentiment des grands héliotropes.